Longlong

29 juillet 2006

Terre de rêves

Terre_de_r_vesTerre de rêves de Jirô Taniguchi. Cinq histoires courtes prépubliées en 1992 chez Bic Comic Spirits (magazine hebdomadaire publié par la Shogakukan), et rassemblées en un volume par Casterman. Les quatre premières nouvelles nous font partager le quotidien d'un jeune couple: la maladie et la mort de leur chien, l'adoption d'un chat, ou l'arrivée d'une nièce qui a fugué et s'est réfugiée chez eux. La cinquième histoire n'a que peu de rapport avec les précédentes puisqu'elle nous fait suivre l'ascension de l'Annapurna par un Tokyoïte.

Taniguchi est un formidable observateur de l'âme humaine. Il décrit les émotions de personnages universels avec une telle justesse et tant de simplicté qu'on est ému aux larmes.

C'est Benoît Peeters qui m'a conseillé de lire Taniguchi (Peeters et Taniguchi ont d'ailleurs collaboré avec Boilet à l'album Tokyo est mon jardin) et je lui en suis très reconnaissant, comme je lui suis reconnaissant de l'aide très précieuse qu'il nous a apportée dans le combat qu'il sait.

L'homme qui marche, Quartier lointain, Le journal de mon père et, dans un genre très différent mais tout à fait délicieux, cet OVNI du manga qu'est le Gourmet solitaire... autant d'albums qui aident à vivre.

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26 juillet 2006

Minnie et Moskowitz

Minnie_et_MoskowitzMinnie et Moskowitz de John Cassavetes. Moskowitz (l'excellent Seymour Cassel), un hurluberlu survolté, beatnik new-yorkais, attachant, tendre et moustachu débarque en Californie et trouve un boulot de gardien de parking. Il rencontre la très élégante Minnie Moore (Gena Rowlands) que son amant vient de quitter après la tentative de suicide de sa femme. Ces deux héros que tout semble opposer s'apprivoisent à leur manière, gauche et hystérique.

Les films de Cassavetes que j'ai pu voir m'étaient apparus glauques et durs. Dure, la folie de Gena Rawlands dans Opening night ou dans Une femme sous influence; glauque le personnage de Ben Gazzara, dans Meurtre d'un bookmaker chinois. Minnie et Moskovitz est évidemment aussi un film un peu déjanté, agité, en marge, mais on rit beaucoup. Cassavetes a offert au personnage de Moskowitz cette distance à soi qui le rend plus drôle que tragique. Un film plus respirable.

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07 juin 2006

American vertigo

american_vertigoAmerican vertigo de Bernard-Henri Lévy. Après une année passée à sillonner les Etats-Unis sur les traces de Tocqueville, Lévy livre ce qu'il nomme un "reportage d'idées". Il visite des prisons, des méga-churches, un musée du base-ball, un sous-marin nucléaire. Il assiste à des meetings électoraux et raconte ses entretiens avec un grand nombre de personnalités issues de tous les milieux (Woody Allen, John Kerry, James Ellroy, un vendeur d'armes à l'exposition de Forth Worth, ...). Il livre ses impressions et réflexions sur une société complexe, protéiforme, mais aussi, à beaucoup d'égards, attachante.

Les Etats-Unis d'aujourd'hui se caractériseraient notamment par trois grands signes: le dérèglement des mécanismes de mémorisation (la mémoire "antiquaire", selon la typologie de Nietzsche, aurait pris le dessus sur les mémoires "monumentale" et "critique"), l'obésité (économique, sociale, financière et politique) et le morcellement de l'espace social et politique. L'Amérique, qui n'aurait jamais été un état-nation, constituerait ce que Lévy nomme un "leurre magnifique", une machine capable de produire le plus fervent patriotisme sans que celui-ci ne soit fondé sur un socle de valeurs ou de représentations partagées.

Je trouve intéressant le Lévy de Pearl, des Réflexions sur la guerre, le mal et la fin de l'histoire ou de American Vertigo. Je suis par exemple assez séduit par son analyse de l'Islam d'aujourd'hui (ni Huntington, ni Fukuyama, mais le choc des deux Islams) et par la méthode qu'il utilise pour interroger et décrire la société (entre journaliste, philosophe et romancier).

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17 mai 2006

Da Vinci code (le film)

da_vinci_codeDa Vinci code: le film de Ron Howard, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Le Conservateur du Louvre est retrouvé mort dans son Musée. Sa fille et un professeur de symbolique religieuse tentent d'exploiter les indices qu'il a laissés. Ils se heurtent vite à des membres de l'Opus Dei, désireux de préserver le secret que détenait le vieil homme et qui pourrait faire vasciller le christianisme.

Quête du Graal moderne en forme de chasse au trésor. Un film pompier, archétype de la super-production américaine: des acteurs souvent fades, sans grande épaisseur, qui cohabitent à l'image sans qu'aucune relation ne se tisse entre eux, un scénario qui rebondit lourdement chaque fois qu'un message est décodé, un Paris carte postale, un Londres carton-pâte et des démonstrations faussement savantes mais vraiment ridicules pour appuyer une thèse fantaisiste et provocatrice. 

Une dépêche AFP vient d'annoncer que près de 200 personnes ont manifesté aujourd'hui face à un cinéma du Boulevard Saint-Germain qui projetait le film. Je trouve assez étonnantes les polémiques que peuvent susciter des fictions, surtout quand elles sont aussi mièvres et inoffensives que celle-ci.

Je lis American Vertigo de Lévy. Quelques lignes bientôt.

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05 mars 2006

Clara Stern

clara_sternClara Stern d'Eric Laurrent. Le narrateur, jeune bobo parisien, dandy cultivé et incorrigible libertin rencontre la belle Clara Stern. Il croit d'abord la désirer comme toutes ces femmes qu'il a connues, mais il doit vite se rendre à l'évidence: il en est tombé éperdument amoureux. Clara aime sa compagnie mais refuse de faire de lui son amant. A la légerté du flâneur érudit succède la douleur, que dis-je, l'infinie souffrance du prétendant éconduit.

Entre marivaudage et cristallisation stendhalienne, se glissent des accents proustiens. Clara est une Odette contemporaine, post-moderne: seuls quelques chefs d'oeuvre de la peinture italienne peuvent se mesurer à sa beauté et l'attrait que le narrateur éprouve pour elle n'est comparable qu'à sa première expérience amoureuse, expérience d'autant plus sublimée qu'elle fut évidemment platonique.

Un roman réjouissant, au style riche et décadent.

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Good night and good luck

clooney2Good night and good luck de Georges Clooney. Le célèbre présentateur de CBS, Edward R. Murrow, et son équipe, décident malgré les risques de s'en prendre à Mc Carthy, en pleine période de chasse aux sorcières. Ils dénoncent publiquement les méthode du Sénateur qui plongent les citoyens américains dans un climat de terreur.

Clooney ne s'attaque certes pas frontalement au Gouvernement actuel, mais l'époque choisie (1950) présente d'évidentes analogies avec la nôtre. Quand le présentateur de CBS dit par exemple: "We cannot defend freedom abroad by deserting it at home", on ne peut s'empêcher d'y déceler une allusion à des débats récents...

On est heureux d'assister au retour d'un cinéma américain qui soit à la fois de bonne qualité, relativement populaire et résolument contestataire. Michael Moore semble avoir donné le coup d'envoi avec Fahrenheit 9/11; Georges Clooney, Stephen Gaghan et quelques autres ont bien fait de suivre.

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03 mars 2006

Rashomon

rashomon Rashomon de Kurosawa (1950). Nous sommes au Japon, au XIème siècle. Un prêtre, un bûcheron et un passant discutent sous un majestueux portique qui les abrite d'une pluie diluvienne. Le bûcheron a trouvé au coeur de la forêt le cadavre d'un homme. On apprend qu'il aurait été assassiné par le célèbre bandit Tajomaru et que ce brigand aurait également violé sa femme.

Mais le crime est décrit de façon différente dans chacun des témoignages que rapportent nos trois hommes. Au procès, Tajomaru a raconté une version des faits. La femme, une version très différente. Le Samouraï mort, qu'on parvient à faire parler par l'intermédiaire d'un médium, apporte lui aussi son histoire. Le bûcheron, qui n'a pourtant pas été le témoin direct de la scène, nous livre le récit le plus crédible.

Chacun des protagonistes cherche par son récit à se mettre en valeur ou au moins à se disculper. Le récit du suivant vient chaque fois ternir le tableau. Il ressort de la conjugaison de ces mensonges l'impression que chacun s'est en fait conduit avec couardise, que les acteurs de cette scène horrible ont été, au contraire de ce qu'ils prétendent, tous lâches et poltrons.

Un film humaniste mais qui présente de façon très sombre la nature humaine. La touche optimiste qui le clôt (au grand soulagement du prêtre qui désespérait de l'humanité, le bûcheron adopte un bébé abandonné) et le beau temps qui revient au-dessus du portique ne suffisent pas à racheter les ignominies dont Kurosawa nous a fait l'étalage.

Rashomon traite de façon très dense et très efficace de thèmes éternels du cinéma: la subjectivité des images, l'absence de vérité objective, mais aussi de la folie (Tajomaru est un superbe personnage de fou), de l'honneur (que perd évidemment, dans cette société, la femme violée), de la difficulté de l'exercice de la justice, ...

C'est un des films qui a popularisé le cinéma japonais en Europe, sans doute parce qu'il est intemporel et qu'il pénètre dans ce que l'âme humaine a de plus universel.

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12 février 2006

Così fan tutte

cos__fan_tutteCosì fan tutte de Mozart à La Monnaie. Don Alfonso veut prouver à ses deux amis, Ferrando et Guglielmo que leurs compagnes ne sont pas fidèles. Incrédules, ils acceptent toutefois de mettre la constance de leurs amantes à l'épreuve: ils feignent de partir à la guerre et reviennent déguisés en séducteurs albanais. Avec l'aide du machiavélique Don Alfonso et de la très imaginative servante Despina, ils s'échangent les deux belles et les courtisent. Le titre laisse planer peu de doute sur l'issue...

Le livret de cet opéra bouffe (écrit par Da Ponte) est peu original et ponctué de lieux communs et de dialogues convenus. Les personnages sont caricaturaux à l'extrême. La musique, pourtant, affine les caractères et rend les situations plus complexes et souvent plus poignantes. La mise en scène et la scénographie prennent, elles aussi, le parti de la nuance et de la sobriété.

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07 février 2006

Blow-up

blow_up1Blow-up d'Antonioni, au Musée du cinéma. Thomas, un jeune photographe, prend des clichés d'un couple dans un parc londonien. La femme l'aperçoit et réclame sans succès la pélicule. En développant les négatifs, Thomas est intrigué par l'image très floue d'un homme qui se tient dans les buissons et qui porte à la main ce qui pourrait bien ressembler à un révolver. Sur la photo, la femme semble regarder avec crainte dans la direction de cet homme. Thomas croit d'abord avoir empêché, par sa présence, qu'un crime soit commis. Une lecture plus attentive de la photo lui permet au contraire d'entrevoir un cadavre.

A mesure des agrandissements (blow up), l'objet se rapproche mais devient plus flou. On n'a jamais à la fois la netteté et le gros-plan et bien entendu jamais sur une seule image le gros plan et le contexte.

Thomas comprend vite que l'image permet d'autres lectures que celle, rassurante, qu'il en fait d'abord. Le sens de ses photos ne se donne pas d'emblée. Il faut le chercher, exactement comme dans les tableaux abstraits que peint son ami.

Les objets semblent d'ailleurs obéir aux mêmes règles que leurs représentations. Lors d'un concert rock, le manche de guitare lancé dans le public que se disputent les fans du groupe n'a de sens que pour ces fans. Lorsqu'un simple passant le ramasse par curiosité sur un trottoir, il le rejette aussitôt avec désintérêt.

La dernière scène du film montre des mimes jouer au tennis sans balles ni raquettes. Lorsque Thomas leur "renvoie" une balle égarée, les échanges deviennent audibles. La réalité ne se donne pas à voir ni ne se dévoile, mais elle s'interprête, voire se crée...

Je lis Clara Stern d'Eric Laurrent. Quelques mots un de ces jours.

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03 février 2006

Lunar Park

lunar_parkLunar Park de Bret Easton Ellis. Bret quitte sa vie déjantée de romancier à succès et "se pose" dans une banlieue chic avec sa femme Jayne, leur fils Robby et la fille de Jayne, Sarah. Très vite, d'étranges phénomènes viennent troubler ce petit théâtre familial: les murs de la maison commencent à peler, la moquette pousse et le coeur de la peluche de Sarah se met à battre...

Lunar Parc est un roman schizo, une autofiction éclatée, trouble, où se confondent l'auteur, l'écrivain et des personnages empruntés pour la plupart aux autres romans d'Ellis.

Les codes de la série B d'épouvante ne sont pas utilisés gratuitement: ils autorisent les bonds spatio-temporels dont Ellis a besoin pour faire vaciller les identités et abolir la frontière "intérieur - extérieur". Si l'on peut regretter qu'Ellis doive recourir à de tels artifices pour créer l'impression d'étrangeté, de distance à soi qu'une écriture très froide suffisait à rendre dans ses livres précédents, ce procédé conduit néanmoins à des scènes mémorables, comme l'exorcisme de la maison ou les frasques du Terby (la peluche de Sarah).

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16 janvier 2006

Le petit lieutenant

le_petit_lieutenantLe petit lieutenant de Xavier Beauvois, à l'Arenberg: Antoine (Jalil Lespert) sort de l'Ecole de police et s'engage à la PJ de Paris. Il est placé sous l'autorité du Commandant Vaudieu (Nathalie Baye) qui s'attache vite au petit lieutenant qui aurait l'age de son fils décédé une vingtaine d'années plus tôt d'une méningite. Lors d'une intervention malheureuse, Antoine est blessé et le Commandant Vaudieu replonge dans l'alcool.

Ce résumé pourrait aussi bien être celui d'un épisode de mauvais feuilleton télévisé. Pourtant, par la sobriété du scénario, par la perfection du jeu des acteurs, par le suspense savamment entretenu, par la qualité de la photographie, par l'absence de musique, par la justesse des dialogues, par le réalisme des situations, par je ne sais quoi encore, ce film est superbe, étonnant, émouvant.

Il faut aller le voir tant qu'il est temps!

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Cluny Brown

lubitschCluny Brown de Lubitsch (1946): nièce d'un plombier, Cluny Brown (Jennifer Jones) remplace son oncle chez un riche client pour déboucher un évier. Elle y rencontre Adam Belinski, un intellectuel anti-nazi (l'histoire se passe en 1938), dilettante et dandy mais très progressiste, qui vient de quitter la Tchécoslovaquie.

Cluny est ensuite envoyée comme servante par son oncle chez Lord et Lady Carmel qui habitent une superbe maison à la campagne. Elle y retrouve par hasard Adam qui est l'invité du fils des Carmel. Mais à l'aventurier qu'est Adam, Cluny Brown préfère bientôt le pharmacien du village, un petit bourgeois coincé qui vit chez sa vieille mère derrière l'officine familiale...

Le couple Carmen, leur gouvernante, leur majordome et le pharmacien offrent à Lubitsch l'occasion de critiquer avec virulence et beaucoup d'humour la bourgeoisie anglaise dont Cluny Brown ne cesse de heurter, par son ingénuité, les principes étriqués. Amusante comédie de moeurs. Pas le meilleur film de Lubitsch.

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04 janvier 2006

Expo: La Russie à l'avant-garde (1900-1935)

malevichExpo: La Russie à l'avant-garde (1900-1935) au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

L'expo s'ouvre sur une projection du Cuirassé Potemkine d'Eisenstein. Si j'avais été seul, j'aurais bien saisi l'occasion pour revoir tout le film.

Cubo-futurisme, abstraction, non-figuration, rayonnisme, suprématisme, ... : les principaux courants de l'histoire de l'art russe du début du siècle dernier sont représentés. De beaux tableaux de Malevich et, pour les amateurs, quelques Kandinsky.

J'ai découvert ici l'oeuvre de Alexandra Exter, cubo-futuriste russe (ukrainienne) influencée par ses voyages en France, par sa rencontre avec Léger et avec l'oeuvre de Picasso. Sans doute ces influences familières rendent-elles son oeuvre plus accessible.

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23 décembre 2005

Moins que zéro

moins_que_z_ro Moins que zéro de Bret Easton Ellis. Clay rentre à L.A. pour les vacances de Noël. Les filles, les potes, MTV, les BM, la came, le fric et surtout la solitude, l'ennui.

Clay n'est jamais vraiment là. La vie ne semble avoir que peu de prise sur lui. Il ère, il vaque, il traîne de soirées en magasins, de bars en salles de ciné. Un zombie, déjà. Ses rares éclairs de lucidité le font souffrir. Ses seules aventures: des embardées sur les routes qui traversent le désert.

C'est le premier roman d'Ellis et l'essentiel s'y trouve déjà. Les lois de l'attraction bien sûr, mais aussi Glamorama et American psycho semblent avoir puisé leur matière à la même source que ce livre écrit par l'auteur à 20 ans.

J'ai voulu relire Moins que zéro avant de me plonger dans Lunar Park.

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13 novembre 2005

Match point

match_pointMatch point de Woody Allen. Chris (Jonathan Rhys Meyers) est prof de tennis dans un club très chic de Londres. Il y rencontre Tom Hewett, un jeune homme de bonne famille qui lui présente son amie Nola Rice (Scarlett Johansson), une jeune actrice qui peine à percer dans le métier, ainsi que sa soeur Chloe (Emily Mortimer).

Chris est d'emblée séduit par Nola mais il est aussi attiré par la vie luxueuse que lui promettent Chloe et sa famillle. Ce dilemme entre passion et ascension sociale traverse tout le film et enferme Chris dans une double vie... La suite ressemble au fond assez fort à Crimes et délits.

Woody Allen traite du hasard, un peu à la manière de Paul Auster, mais aussi du couple, de la culpabilité, et de ce que nous sommes prêts à faire pour progresser socialement ou pour préserver ce que nous avons acquis.

Drame psychologique poignant, Match point est aussi un excellent polar. Il ne manque que Woody Allen et peut-être un peu d'humour.

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11 novembre 2005

Caché

cache_hanekeCaché de Michael Haneke. Georges Laurent est l'animateur d'une émission littéraire. Sa femme et lui reçoivent une cassette vidéo où apparaît leur maison, filmée en plan fixe. D'autres cassettes suivent qui plongent le couple dans la peur. Les soupçons de Georges Laurent se portent sur un homme sensé incarner pour lui la culpabilité.

L'entame du film semble empruntée à Lost Highway de Lynch, mais à l'inverse de Fred Madison, Georges Laurent garde la tête sur les épaules: il tente de limiter les dégâts produits par ce harcèlement et semble rester hermétique aux remords que veut sans doute générer sont persécuteur.

Un film très intense et très dur qui met en scène un homme prêt à tout pour garder ce qu'il a. Les thèmes du pouvoir des médias et de la dislocation de la famille, chers à Haneke, sont à nouveau explorés.

Daniel Auteuil et Juliette Binoche jouent superbement. Comme dans La pianiste, Annie Girardot incarne la vieille mère avec beaucoup de justesse.

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06 novembre 2005

Trois jours chez ma mère

trois_jours_chez_ma_m_re Trois jours chez ma mère, de François Weyergans. Un écrivain projette de rendre visite à sa mère en Provence. L'écriture de son roman l'en empêche. Il faudra que l'on retrouve sa mère inanimée dans son jardin pour que François se rende, avec ses frères et soeurs, au chevêt de cet être qui est tout pour lui.

Confronté à la difficulté d'écrire, Weyergans fait de cette angoisse le thème central d'un roman où, comme toujours, il bondit avec légèreté, intelligence, érudition et beaucoup d'humour, du récit d'une relation amoureuse à la description d'une ville, ou du souvenir d'une tranche d'enfance au portrait d'un concierge ou d'un huissier du Trésor public.

J'ignore si Trois jours chez ma mère est le meilleur roman de Weyergans, mais je suis heureux que cet auteur très attachant se soit vu décerner le Goncourt.

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01 novembre 2005

Expos au Palais de Tokyo: Robert Malaval, Nobuyoshi Araki, Rebecca Bournigault, Saadane Afif

Expos au Palais de Tokyo:

- Robert Malaval - Kamikaze: le pop art en version fr. Expo en deux parties: les peintures de paillettes et la période de l'Aliment blanc. Ce dernier projet m'a intéressé: le monde envahi par une pâte blanche, résurgence de la matière originelle, soupe primitive qui reprend le dessus et déborde les formes jusqu'à les fagociter.

- Nobuyoshi Araki - Arakinema: film et polas, traces d'une performance récente au Palais de Tokyo. Musique de Barbara.

- Rebecca Bournigault - La Chambre interdite: les voix de quatre conteurs se mélangent. Elles disent simultanément Barbe Bleue dans des langues différentes. Je songe à Le schizo et les langues, le bouquin de Wolfson que j'ai d'ailleurs vu exposé hier au Centre Pompidou, dans l'expo Big Bang. Le spectateur parvient à distinguer quelques bribes du conte. Soudain, une image horrible apparaît. L'image nous effraye d'autant plus qu'elle surgit dans une sorte de bruit, de continuum de sons incompréhensibles. Frayeurs d'enfance.

- Saadane Afif - Lyrics: Lyrics est le prolongement de trois expos de l'artiste à Essen, Moscou et Albi. Dix chansons s'ajoutent aux treize écrites pour les expos précédentes. Leur texte est affiché au mur, tandis qu'on peut les entendre grâce à des casques. Dans la salle, des spots projettent des cadrans sur le sol. Je me limiterai à la description de ce dispositif, faute de pouvoir lui donner du sens. Il faut que je lise quelques lignes sur cet artiste.

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31 octobre 2005

Expo: Stanley Greene

stanley_greeneExpo: Stanley Greene au Jeu de paume (site Concordre).

Le photographe américain présente des clichés pris entre 1995 et aujourd'hui en Tchétchénie. Un témoignage important sur cette guerre oubliée où la barbarie atteint pourtant son paroxysme. "Dix années de travail sur l'histoire d'une résistance" écrit Greene.

J'apprends en lisant une page d'un carnet de guerre du photographe que le mot "Grozny" signifie "terrible" en Russe. On n'aurait pu imaginer plus juste coïncidence...

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30 octobre 2005

Expo: Michal Rovner - Fields

michal_rovner Expo: Michal Rovner - Fields au Jeu de paume (site Concorde).

La peintre, photographe et vidéaste israélo-américaine présente des oeuvres réalisées au cours des dix dernières années. Les plus marquantes sont pour moi ces installations où de petits personnages en mouvement sont projetés sur des pierres.

Silhouettes humaines monochromes et miniatures, souvent enchaînées, qui marchent ou s'inclinent lentement sur des pierres brutes, dans une chorégraphie grave et mystique. Certains personnages sont réduits à quelques lignes qui forment des lettres hébraïques: les pierres sont alors des tables ou des livres. D'autres constituent des cordées de processionnaires qui semblent marcher sur les terres arides du Néguev.

Une oeuvre puissante, chargée d'histoire, de religiosité, de mysticisme. A voir absolument!

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